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Tanger à livre ouvert

Depuis toujours, la cité marcocaine attire écrivains, peintres et intellectuels, fascinés par sa beauté et son atmosphère. Errance hivernale sur les traces de ses mythes littéraires.


«Parmi tous ceux qui ont parlé de la ville, ou écrit sur elle, beaucoup ne l’ont vue qu’à travers leurs chimères […]. Tous ceux pour qui Tanger ne serait qu’un lupanar, une belle plage ou une maison de repos». Rien de tel, avant tout errance dans le mythique Tanger des artistes, qu’écouter le propos démystificateur d’un témoin acteur privilégié.
Enfant, Mohammed Choukri avait fui la famine du Rif pour s’installer dans ce qui fut «zone internationale» entre 1923 et 1960. La vingtaine, l’auteur du Pain nu apprend à lire et à écrire, devient instituteur, et rencontre d’étranges intellos. Des beatniks, comme Allen Ginsberg, ou des énergumènes inclassables, tel Jean Genet. Attablé au café de Paris, Place de France, le jeune Marocain observait, fasciné, cet enfant terrible (Genet) qui voyait Tanger comme «une sorte de tripot où les joueurs marchandent les plans secrets du monde».

Aujourd’hui, malgré le trafic incessant, le café de Paris a conservé son halo mystérieux et sa patine. On y sent les fragrances du jardin du consulat français, de style hispano-mauresque. En sirotant un thé à la menthe, on y admire l’élégance un brin arrogante des serveurs, comme dans une brasserie parisienne select. Chaque soir, écrivains et poètes continuent de s’y croiser et d’y refaire le monde. Comme s’ils voulaient entretenir la légende de ce «dernier endroit avant l’exil» par où sont passés, ou ont fini par échouer, tant d’artistes. Ainsi Jean Genet, baptisé «Sidi Geni», enterré à Larache.
Du café de Paris, comme pour remonter une source littéraire, on déambule sur le Boulevard Pasteur. A côté d’un salon de thé où des légions de voyeurs matent les belles Tangéroises, surgit la façade en bois de la Librairie des colonnes. Même si le choix des livres n’est guère étendu, on y vient en pèlerinage littéraire, tant ce lieu a été (et demeure) une référence pour ceux qu’aimante Tanger. Un jour, Marguerite Yourcenar, qui passait devant par hasard, y a vu son portrait posé en évidence sur la devanture. C’est que le patron de l’époque, M. Gerofi, tenait en haute estime l’auteure des Mémoires d’Hadrien. On raconte même qu’après avoir découvert, sur le site voisin de Lixus, une effigie de l’Empereur romain, il navigua pour la remettre en mains propres à Marguerite Yourcenar, recluse dans son île américaine. Cette anecdote, et bien d’autres, nous est narrée par l’actuel libraire, le jeune Simon-Pierre Hamelin. Passionné par cette ville-confluence, il se refuse à la voir sombrer en un cimetière littéraire. Il publie une revue trimestrielle, Nedjma, où s’exprime une nouvelle génération de romanciers ou poètes, en bonne partie Marocains. Comme Paul Bowles, il s’emploie à coucher par écrit des contes de Mohammed Mrabet, cet écrivain analphabète autochtone. «Je veux casser cette idée qu’il faut être mort pour bénéficier ici d’une reconnaissance et du statut d’artiste !».

On peut poursuivre la balade sur le Boulevard Pasteur, mais les nostalgiques risquent d’être déçus: le bar de la Grande Poste, ancien rendez-vous littéraire, n’est plus qu’un mauvais restaurant à tapas; et, non loin de là, le Negresco, s’est mué en un anonyme boui-boui de kababs. Autant rejoindre l’hôtel Rembrandt, et ses vues imprenables sur la baie de Tanger, puis dévaler un dédale de ruelles débouchant sur l’hôtel Al Muniria. Au n°1 de la rue Magellan, une Musulmane parlant un bon français apparaît sur le seuil d’un édifice blanc aux grillages noirs. «Depuis 50 ans, la porte d’entrée est fermée, les clients ont la clé», dit-elle. Le curieux est invité à monter aux étages. La femme nous précise que Jack Kerouac occupait la chambre n°4, Paul Bowles la n°1 et °2 («même s’il était surtout de passage, et vivait plus dans la casbah»), Allen Ginsberg la n°5. Mohammed Mrabet y était veilleur de nuit, et savait bien sûr tout de la débauche de sexe (souvent de beaux adolescents) et de drogue dans laquelle s’étourdissaient les artistes beatniks. Dans l’Al Muniria, et au Tangerinn, le bar attenant recouvert de bougainvillées, William Burroughs, habitué de la n°9, y aurait écrit le Festin nu. Comme les autres écrivains beatniks attirés par cet «Orient primitif», Burroughs était tombé dans Tanger, ce «paysage mental», pour s’y trouver, ou pour s’y perdre, souvent envahi par une angoisse. Il écrit : «il y a ici une foule de gens incapables de partir, faute de papiers, d’argent, ou des deux. Tanger est une immense colonie pénitentiaire».

Dans le Tanger rénové de ces dernières années, cette sensation d’enfermement s’estompe. Sur le Grand Socco, la place du Grand marché, l’œil embrasse d’un regard la cathédrale portugaise, l’église anglicane et la principale mosquée. Par exemple depuis un balcon des Passagers de Tanger, un restaurant ouvert par des Français amoureux de cette confluence entre ville moderne, medina et casbah. Ce Grand Socco dont Joseph Kessel disait, en 1952, que «s’y tiennent les charmeurs de serpents, les lecteurs à haute voix, les écrivains publics ou les marchands de khöl». Plus tôt, en 1912, Henri Matisse peignait, du haut du Villa de France, son «Paysage vu d’une fenêtre».
Aujourd’hui, la Grand-place n’a rien perdu de son foisonnement bigarré, même si, se désole Rachid Tafersiti, mémoire vivante de la ville, on ne voit plus de paysannes venues vendre leurs produits. Connaisseur des moindres recoins («ici, c’était la légation, là un ancien caravansérail…»), il nous emmène dans un entrelacs d’échoppes, par la rue Siyaghine. On tombe sur le Petit Socco, un concentré de type andalou en pleine Medina, avec son café Tingis, où a été conservée l’inscription «todo siempre rapido fresco» – «tout toujours rapide et frais». C’est là que Tenessee Wiliams eut l’idée de Camino real, une pièce qui sera représentée ici même, en 2001. Depuis sa boutique Volubilis, Mohammed, peintre négociant, en fut témoin: «Encore aujourd’hui, des peintres et des écrivains prennent une chambre ici pour trouver l’inspiration».

Sur la terrasse de l’hôtel Intercontinental, face à ce qui sera bientôt un port de plaisance, fourmillent les photos de célébrités. Sur le registre de ce passage obligé d’artistes de toute veine, on note que Degas y est descendu en 1889. Y ont été tournées des scènes d’un Thé au Sahara, écrit en 1949 par Paul Bowles, l’un des résidents les plus durables de Tanger, dont il dit dès son arrivée qu’elle était «une ville de rêve». Un rêve orientaliste qui, depuis Eugène Delacroix, n’a cessé de se retro-alimenter à mesure que les artistes occidentaux venaient en vérifier la puissance. A l’image du café Hafa – où l’enchevêtrement de terrasses tombe presque dans la mer – fréquenté par Truman Capote («Tanger est une rade qui vous enserre»), Jimmy Hendrix, les Stones, et presque tout le monde. Un lieu où la contemplation des couchers de soleil contribue au «fantasme de Tanger», comme le dit un Occidental installé ici. «Et pourtant, déplore Rachid Tafersiti, le lieu a perdu son âme». C’est sûrement moins le cas de la plage voisine de Merkala, où tant d’écrivains se retrouvaient et dont Mohammed Choukri a dit : «R’mel Qala, c’est le nom d’une crique faite de grès et de légendes […] R’mel Qala. Le chergui s y fait tourbillon, crachant son feu, lacérant les faces citadines, meurtrissant le corps des enfants fragiles avant de mourir sur ce bout de terre lugubre d’où naît l’imaginaire partagé de la ville». L’écrivain espagnol Juan Goytisolo, installé à Marrakech mais amant assidu de ce bout de Détroit, dit au fond la même chose : «le mythe de Tanger, c’est sa beauté».

Marrakech, la ville rouge

C’est sûr, dès l’arrivée la "perle du sud" du Maroc ne laisse pas indifférent. La vue à travers la vitre sale du taxi est époustouflante : des couleurs allant de l’orange au rose et au rouge, un ciel bleu azur.


La vieille Fiat laisse un nuage de sable derrière elle, l’état de la banquette me rappelle mes années estudiantines.

La chaleur ne trompe pas : le désert n’est pas loin. A gauche, un homme tire une charrette plus que débordante, quelques mètres plus loin un autre est assis sur son âne alors qu’une classe S dernier cri viens de nous dépasser. J’envier son airco et commence à regretter mon petit confort de tous les jours.


Mais la ville impériale se déguste surtout après s’en être bien imprégné. A quelques kilomètres de côtes espagnoles, le Maroc offre un dépaysement total : sa culture, ses couleurs, ses souks, ses odeurs.

Avec une population de 2 millions de Marrakchis, elle est la 3e ville du pays après Casablanca (la capitale économique) et Rabat (la capitale).

La ville est divisée en 4 parties :
- La Médina : sa place Jemaa el Fna et ses Souks

C’est l’heure de la prière, les Muezzin appellent les croyants au travers d’haut-parleurs qui raisonnent dans toute la ville. Nous passons Bab Nkob, une des 19 portes des remparts de la Médina.

La Koutoubia

Nous suivons une foule se dirigeant vers la Koutoubia. Cette "mosquée des libraires" fut érigée sous la dynastie des Almoravides en 1120, puis profondément remaniée sous la dynastie Almohade en 1162.

on nom provient du souk des marchands de manuscrits où elle se situait jadis.


La Koutoubia est la plus grande mosquée de Marrakech, son minaret est visible depuis l’aéroport.


Voilà enfin la célèbre place Jemaa el Fna, je suis un peu déçu, on m’en avait tant parlé. Un énorme espace vide à l’exception de quelques échoppes
de fruits.


Les souks

Bric-à-brac désordonné, où seuls quelques artisans subsistent encore au milieu de quantités d’échoppes riches en couleurs. Babouches, vestes en cuir, ferronneries, maroquinerie sont vendus par des marchands parfois agressifs au milieu d’une masse de locaux et touristes mélangés.


Les souks, il faut s’y habituer, c’est un lieu de commerce bien différent de ceux qu’on connaît. Il est recommandé d’y faire une première visite sans intention d’achat : regardez, informez vous des prix, essayez d’aller plus loin dans les souks, il y a moins de monde, les prix y sont beaucoup plus raisonnables, mais l’environnement est plus inquiétant, on se sent perdu.

La place Jemaa el Fna

Les souks se font de plus en plus sombres, les magasins ferment tour à tour. Il est temps de retourner vers la place Jemaa el Fna.


Quelle surprise ! Elle c’est métamorphosée en quelques heures, des centaines d’échoppes, des groupes entourant des dresseurs de serpents ou des conteurs racontant leurs histoires que le touriste ne peut malheureusement pas comprendre.

Une fumée de grillades plane sur la place, il est l’heure de passer à table, quelle échoppe choisir ? Brochettes de poulet, de viande (agneau), pommes de terres, couscous…


- Guéliz : ses restaurants et le Jardin Majorelle
-
L’Hivernage : la Ménara et sa vue sur l’Atlas
-
Les palais de la Bahia et El Badi

Il n’y a pas de mots pour décrire la place, c’est un must absolu ! Les heures passent, un petit dessert avant de retourner à l’hôtel pour finaliser une journée inoubliable.



N’ayez crainte, un dicton local dit : A Marrakech, seul celui qui donne son accord se fait voler. Traduction : vous payerez 4 fois le prix d’un local, mais toujours beaucoup moins qu’un anglophone (10 fois). Un seul mot d’ordre : négociez ! Au bout d’un moment, le jeu devient même amusant.


A ne pas manquer dans la Médina 

  • Le tour des remparts en calèche (+/- 100 dirhams) 
  • Les portes de la ville, les "Bab"
  • La Medersa Ben Youssef 
  • Les tombeaux saadiens 
  • Le Musée de Marrakech 
  • Les Riads

Dossier Marrakech

  • Introduction
  • Guéliz (prochainement)

Philippe Kaivers (texte & photos)


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