Situation des enfants
Mortalité infantile et éducation,
les maux à combattre
Il est 18h30, au centre ville. Il fait très froid en ce mois de janvier et les automobilistes, pressés de rentrer chez eux, s'impatientent devant le feu rouge. Surgit une petite fille, la dizaine d'années à peine entamée.
Chétive, crasseuse et le regard éteint, elle profite de la halte obligatoire des véhicules et tente, tant bien que mal, de vendre des boîtes de kleenex aux conducteurs.
Non intéressés, ces derniers lui montrent leur refus d'un geste énergique de l'index. D'autres, sans même la regarder, montent les vitres, et détournenent leurs regards. Un peu plus loin, deuxième feu rouge. Surgit un autre garçonnet. Vêtements légers malgré le froid et vieilles chaussures de sport.
Mal coiffé et le nez qui coule, il semble souffrir d'un rhume qui tarde à s'en aller. Du haut de son mètre cinquante, il tousse à pleins poumons. Le regard hagard et le geste machinal, il tend sa serviette et commence à nettoyer les pare-brise des véhicules, tentant de mettre les conducteurs devant le fait accompli et leur soutirer quelques pièces. Les plus sensibles lui glissent une pièce, les autres, irrités, le somment de s'éloigner de leurs véhicules.
Loin d'être découragé, il change de tactique et revient à la charge. Cette fois-ci, arguant qu'il n'a pas mangé depuis un bon bout de temps, il demande directement l'aumône. Son insistance et son aspect miséreux finissent par prendre le dessus sur l'implacabilité des automobilistes.
Certains d'entre eux, plus sensibles, cèdent et lui tendent quelques pièces.
Des scènes pareilles, relatant la misère d'une partie non négligeable des enfants au Maroc, existent presque partout dans notre pays, dans les grandes villes comme au sein des petites bourgades. Mortalité infantile, malnutrition, abandon scolaire, des maux qui rongent encore cette catégorie fragile, malgré les grands efforts et les avancées considérables, réalisés par le Maroc dans le domaine de la protection de l'enfance. L'analyse établie par le bureau de l'Unicef au Maroc et développée selon l'approche basée sur les droits humains (droit à la survie, au développement, à la participation et à la protection), a mis le doigt sur ces principaux manquements au respect de ces droits (www.lematin.ma).
Selon cette analyse, la mortalité infantile (40‰ en 2004 contre 36,6‰ en 1997), est repartie à la hausse, du fait d'une recrudescence du taux de mortalité néonatale (27‰ en 2004 contre 19,7‰ en 1997). Malgré l'extension de la couverture vaccinale (94% en milieu urbain et 84% en milieu rural), actuellement, près de cinq enfants sur 100 meurent encore avant l'âge de 5 ans.
Les infections respiratoires aiguës et les diarrhées sont les principales causes de cette mortalité. La malnutrition représente également une cause de décès précoce.
Si le retard de croissance et l'insuffisance pondérale ont reculé depuis dix ans, la malnutrition aiguë, en revanche, touche 9,3% des enfants, contre seulement 3% en 1997.
En matière de droit à la survie, les principaux titulaires d'obligations envers l'enfant sont, note-t-on dans l'analyse de l'Unicef, les parents et l'Etat (ministère de la Santé et autres départements concernés), suivis de la communauté (accoucheuses traditionnelles, élus locaux), la société civile (ONG, médias) et enfin les acteurs internationaux. De nombreux parents n'ont ni connaissances ni ressources suffisantes pour remplir leur rôle, constatent les analystes du Fonds des Nations unies pour l'enfance. Ils manquent de capacités pour revendiquer auprès de l'Etat leurs droits à la santé, à l'éducation, à un niveau de vie décent, etc. Les autres acteurs de la communauté et de la société civile sont eux aussi confrontés au manque de ressources. "L'Etat manque de moyens.
Le département de la Santé n'a pas la capacité nécessaire pour communiquer, que ce soit à l'intérieur de l'appareil d'Etat ou auprès des bailleurs de fonds. Il manque également de compétences en matière de planification et de gestion", lit-on dans le rapport. De son côté, l'éducation, et surtout sa qualité, représente un autre grand problème qui freine l'épanouissement des enfants au Maroc, déduisent les analystes de l'Unicef. En effet, depuis 2000, et malgré les progrès qui ont été enregistrés en matière de généralisation de l'éducation primaire, des retards importants sur le calendrier de mise en oeuvre de la réforme ont été accumulés dans certains
secteurs. Si la Charte nationale d'éducation et de formation (CNEF) a prévu la généralisation de l'éducation préscolaire en 2004, le taux net de préscolarisation ne dépassait pas 50,1% en 2003-2004.
De plus, ce taux est assorti de profondes inégalités au niveau géographique (le taux varie de 28% à 70% selon les régions) et socioéconomique.
En 2003-2004, il atteignait 50,1% en moyenne nationale (39,4% pour les filles) mais seulement 35,7% en milieu rural (17,5% pour les filles rurales).
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Qualité défaillante
La Charte nationale d'éducation et de formation (CNEF) met l'accent sur l'amélioration de la qualité à travers la révision des programmes, des manuels scolaires et des supports pédagogiques. Toutefois, la qualité des nouveaux manuels fait toujours l'objet de critiques d'ONG, de spécialistes et de parents d'élèves, souligne le rapport de l'analyse de la situation des enfants au Maroc, établi par l'Unicef.
"Ces critiques signalent notamment l'incompatibilité des contenus avec les principes d'égalité, de liberté, de non discrimination et de tolérance que le Maroc s'est engagé à respecter". La mauvaise qualité de l'éducation se traduit par un rendement interne faible: le taux d'abandon dans le primaire est l'un des plus élevés du monde arabe. En effet, après avoir baissé entre 1997 et 2000, il est reparti à la hausse entre 2001 et 2003, pour atteindre 6,3% par an.
La déperdition scolaire est d'autant plus préoccupante qu'elle se poursuit tout au long du parcours des enfants. Pour résumer, quatre enfants sur 10 quittent le primaire sans l'avoir achevé. Deux autres abandonnent au collège, et encore deux au lycée. A terme, seuls deux enfants sur 10 atteignent le niveau du baccalauréat. "Les tests internationaux font apparaître que la qualité de l'éducation a tendance à baisser au Maroc depuis dix ans", souligne le rapport.
Par Mohamed AKISRA | LE MATIN Publié le : 30.01.2008 | 13h03